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BILAN | Les meilleurs films de janvier 2025

CHAQUE MOIS, LES MEMBRES DE LA RÉDACTION VOUS PROPOSENT LEUR FILM PRÉFÉRÉ LORS DU BILAN DU MOIS, CELUI QU’IL FALLAIT DÉCOUVRIR À TOUT PRIX EN SALLE OU DANS VOTRE SALON (SORTIES SVOD, E-CINEMA…). DÉCOUVREZ CI-DESSOUS LES CHOIX DE CHAQUE RÉDACTEUR DE LE BLEU DU MIROIR POUR LE MOIS DE JANVIER 2025.

Le choix de Thomas Périllon

bird

Après trois prix du jury consécutifs, Andrea Arnold est cette fois repartie bredouille du festival de Cannes, où elle présentait en mai dernier son sixième long-métrage, son cinquième de fiction, Bird. Prenant par surprise les habitué-e-s de son cinéma en injectant une touche de fantastique assez audacieuse, la cinéaste britannique a confirmé son talent sans pareil pour brosser le portrait des laissé-e-s pour compte, avec la générosité et l’humanité qu’on lui connait. Dans Bird, elle revient sur ses terres du Kent pour raconter cette jeunesse indomptable et en perte de repères, à laquelle elle s’identifie tant, et place sa caméra à hauteur d’une pré-adolescente qui doit composer avec deux parents en perdition. Avec conviction et une poésie singulière, la réalisatrice de Fish tank déploie sa créativité au-delà du réalisme social de son oeuvre passionnante, et signe une fable attachante sur le passage à l’âge adulte, portée par la relation déroutante qui se tisse entre Bailey et l’énigmatique Bird (extraordinaire Franz Rogowski).

Le choix de Fabien Genestier

Il y a un peu de Zodiac dans Le Dossier Maldoror. Comme David Fincher, Fabrice du Welz s’inspire d’une affaire criminelle (ici l’affaire Dutroux) qui a défrayé la chronique pour construire un vrai film de cinéma. On y retrouve la même volonté de dépeindre une époque et de décrire l’obsession qui envahit peu à peu le personnage principal face à cette affaire. Ce jeune gendarme en quête de justice et qui doit se démener face aux dysfonctionnements du système policier est campé par un Anthony Bajon exceptionnel qui confirme, pour ceux qui en doutait encore, qu’il est l’un des plus grands acteurs français de sa génération. Si le film aurait pu être un peu plus resserré par moment, Fabrice du Welz nous garde sous tension pendant 2h35, dans une atmosphère âpre et suintant.

Le choix de François-Xavier Thuaud

la pie voleuse

Trois rues, deux terrasses, quelques appartements, Robert Guédiguian circonscrit son récit dans un petit périmètre, loin du fracas d’un monde qui semble avoir perdu toute notion de solidarité, hors la famille. Il y a 30 ans, À la vie, à la mort tournait autour du Perroquet bleu, cabaret en déshérence mais lieu de socialisation et de fraternité, ici La Pie voleuse est un commerce. Les fins de mois sont toujours difficiles malgré le soleil et la musique qui emplissent la vie de Maria, aide à domicile et débrouillarde en cheffe. Guédiguian tisse une chronique douce mais vigoureuse et place tous ses espoirs dans la capacité d’écoute. Ses plans les plus simples sont les plus beaux, à l’exemple de ce tramway nommé souvenir et de deux « portraits » d’Ariane Ascaride : de face écoutant son petit-fils au piano et de profil attendant que l’orage passe. L’authentique Maria’s lover, c’est Robert.

Le choix d’Eric Fontaine

A l’image de son titre, d’une grande simplicité, La chambre d’à côté fait montre d’une grande sobriété et d’un sens de l’ellipse bien éloignés des excès des débuts du réalisateur madrilène. Depuis plusieurs années, Pedro Almodovar nous livre régulièrement des mélodrames, au sens noble du terme, des films qui doivent tout autant à Douglas Sirk pour leur recherche esthétique qu’à Ingmar Bergman pour leur thème de la mort qui rôde. Peut-être des hommages plus que des influences pesantes, tant les œuvres d’Almodovar semblent être vraiment personnelles et traduire sa singularité et sa maturité tant cinématographique qu’humaine. Tilda Swinton et Julianne Moore se montrent lumineuses et John Turturro excelle dans un rôle aux apparitions réduites, mais importantes. Sur un thème qui concerne tout le monde et qui aurait pu donner lieu à une œuvre plombante, Pedro Almodovar livre un film curieusement apaisé qui touche à des thèmes intemporels, tout en scrutant l’époque avec acuité. 

Le choix d’Emilien Peillon

Auréolé du cristal du long-métrage l’année dernière au festival d’Annecy, Mémoires d’un escargot, la comédie noire d’Adam Elliot s’impose au spectateur comme le malheur s’est imposé dans la vie de son héroïne, Gracie, que l’on suit de la naissance jusqu’à l’âge adulte. On fait l’expérience de la misère, économique d’abord, vue avec le regard habitué du quotidien et racontée avec un sacré sens de l’anecdote. La misère sociale, plus difficile à encaisser, permet toutefois de tisser un drame subtil, éclairé par l’autodérision un peu sèche de Gracie et façon de relativiser les choses en voix off. L’amour des petits objets propre au stop motion a également le goût de se superposer au sujet de l’anxiété et de l’accumulation compulsive, ce qui permet à la mise en scène d’incarner parfaitement le cheminement mental de l’héroïne, alternant le vide et le plein jusqu’à ce que, heureusement, sa vie finisse remplie de belles choses immatérielles. De l’animation dure et douce donc, à conseiller aux adultes et enfants les plus grands.

Le choix de Victor Van de Kadsye

Pour son retour, Jia Zhang-ke prend non seulement le pouls de la Chine contemporaine, entre monétisation en ligne et réglementation sanitaire liée au COVID, mais il prend également celui de son cinéma. Dans un montage impressionnant, construit en collages de scènes remontées de sa filmographie et d’autres non utilisées, le cinéaste nous raconte avec Les feux sauvages l’état d’un pays sur plusieurs années, avec une profonde mélancolie portée par le regard saisissant de Zhao Tao.