SAGES-FEMMES

SAGES-FEMMES

Après 5 ans de formation au métier de sage-femme, Louise et Sofia se lancent dans le monde du travail. “Le plus beau métier du monde”, l’expression les fait marrer depuis les premiers stages. Les toutes jeunes femmes plongent dans la féroce réalité d’une maternité et de leur métier. Des vocations s’abîment, d’autres se renforcent. Leur amitié saura-t-elle résister à pareille tempête ?

Critique du film

Après s’être fait remarquer en 2011 avec son premier long-métrage Qu’un seul tienne et les autres suivront, Léa Fehner a continué à explorer des thématiques humaines et sociales dans Les ogres. Avec Sages-femmes, son troisième long, elle s’attaque à un sujet d’une brûlante actualité : les conditions de travail des sages-femmes en France et les défaillances d’un système de santé en crise. À travers un portrait émouvant et sans fard, la cinéaste explore avec habileté la tension entre vocation et désillusion, tout en dressant un tableau poignant de la solidarité féminine et de la révolte face à un système déshumanisé.

Le film raconte l’histoire de Claire (Héloïse Janjaud), une sage-femme à la fois dévouée et pragmatique, et d’Aïcha (Khadija Kouyaté), une jeune diplômée en quête de sens, fraîchement débarquée dans l’hôpital où Claire travaille. Tandis que l’une semble déborder de l’expérience, parfois usée, mais résolue à continuer dans un système qui ne la soutient plus, l’autre porte en elle l’énergie, la révolte et l’espoir d’un renouveau dans un cadre institutionnel qui semble condamné. Leur rencontre, parfois tendue, souvent émouvante, devient le catalyseur d’une réflexion profonde sur les enjeux de la vocation, mais aussi sur la manière dont les politiques budgétaires des dernières décennies ont dégradé les conditions de travail des soignants, et notamment celles des sages-femmes.

Sages-femmes

Leurs chemins se croisent, se heurtent, mais se complètent également, formant une dynamique de tutorat non seulement professionnelle, mais aussi humaine. Cette relation, à la fois douce et conflictuelle, est l’âme du film et en constitue la plus grande richesse. Mais ce qui fait aussi la force de Sages-femmes, c’est la manière dont Léa Fehner dénonce, comme Thomas Lilti avec Hippocrate, les dérives du système de santé français. Avec une précision chirurgicale qui relève presque du documentaire, elle met en lumière les conséquences dramatiques des politiques de santé publiques menées depuis plus de vingt ans. La réduction des moyens alloués aux hôpitaux, la surcharge de travail, le manque de personnel et la gestion budgétaire néfaste ont créé un environnement de travail hostile, où la souffrance des soignant·e·s se conjugue à celle des patientes. Cette critique du système n’est jamais simpliste et le film n’hésite pas à montrer comment ces défaillances affectent les relations humaines, dénaturant le soin et mettant en péril les liens de confiance entre soignant·e·s et soignées. L’ultime scène, d’une puissance inouïe, laisse un goût amer, mais aussi un puissant sentiment de révolte.

Si la formulation est parfois éculée, Sages-femmes apparaît pourtant bel et bien comme un film nécessaire, qui met en lumière une réalité encore ignorée par les décideurs, celle d’une majorité de femmes qui œuvrent dans l’ombre pour la naissance et l’accompagnement des vies. Par son regard acéré sur les défaillances du système en plein délitement, il parvient à rendre un hommage vibrant à ces héroïnes silencieuses qui, malgré tout, continuent à faire face. Grâce à la performance brillante de son duo d’actrices, Léa Fehner livre un film sensible, poignant et d’une rare vérité, un véritable cri de résistance face à un système qui peine à écouter ceux qui s’efforcent maintenir en vie.

Bande-annonce

30 août 2023 – De Léa Fehner

Avec Héloïse Janjaud, Khadija Kouyaté, Tarik Kariouh