PACIFICTION : TOURMENT SUR LES ÎLES
Sur l’île de Tahiti, en Polynésie française, le Haut-Commissaire de la République De Roller, représentant de l’État Français, est un homme de calcul aux manières parfaites. Dans les réceptions officielles comme les établissements interlopes, il prend constamment le pouls d’une population locale d’où la colère peut émerger à tout moment. D’autant plus qu’une rumeur se fait insistante : on aurait aperçu un sous-marin dont la présence fantomatique annoncerait une reprise des essais nucléaires français.
Critique du film
Peut-être avez-vous vu dans la réception dithyrambique de Pacifiction la nouvelle incarnation de ces films-paquebots, grande démarche radicale qu’il est obligatoire d’aimer, alors que ce n’est pas votre tasse de thé (c’est mon cas). Pourtant, l’éternel rythme élégiaque, les dialogues rompus où personne ne semble s’écouter ni se répondre, ainsi que la dimension vaguement introspective de l’ensemble s’articulent progressivement, à mesure que l’on plonge dans l’ambiance assommante de cette Polynésie lointaine. Là où la plupart des autres films s’éparpillent sans propos, Pacifiction fait de la disparition de sens son arme première et se désagrège lentement, dans les couleurs de la nuit. L’œuvre d’Albert Serra s’apparente alors à un Miami Vice dépossédé de toute action, de presque toute intrigue, où tout se rapporte au personnage principal, homme politique au complet blanc tour à tour démagogue, manipulateur, désabusé, séducteur et philosophe, campé par un Benoît Magimel charismatique mais monstrueux. Le réalisateur prend réellement la température de quelque chose, reste à définir ce dont il s’agit exactement à l’issue du film. – EP
Le film d’Albert Serra est une fascinante étude d’un microcosme sur lequel plane une indicible menace que le haut-commissaire de la République entretient et subit tout à la fois. Benoît Magimel en pantin colonial qui se rêve marionnettiste (un rôle pas si éloigné du Lucien Cordier de Coup de torchon de Bertrand Tavernier, un des plus beaux rôles de Philippe Noiret) glisse sur le film comme une savonnette, surfant le vague et observant les eaux (troubles) du lagon se refléter dans son regard (clair). Son interprétation tient du jazz, il tient la note et improvise à l’envi. La dernière demi-heure, quasi muette, finit de plonger le spectateur dans un état second où la pure émotion esthétique le dispute à la sidération. – FXT
Bande-annonce
9 novembre 2022 – De Albert Serra, avec Benoît Magimel, Pahoa Mahagafanau et Matahi Pambrun.