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WET MONDAY

Klara, 15 ans, doit faire face à un traumatisme qui s’exprime par une soudaine phobie de l’eau. Elle peut compter sur le soutien de Diana, sa nouvelle amie. Une histoire teintée de magie sur la puissance de l’empathie et de la sororité, au cœur des célébrations colorées de Pâques en Pologne.

Critique du film

À la croisée du récit d’apprentissage et du conte fantastique, Wet Monday est un premier film ardent, bien que fragilisé par son manque d’assurance. Klara, une adolescente début de siècle, traverse le film comme un personnage de jeu vidéo arpente un territoire entre deux mondes. Ce territoire, c’est prosaïquement un village de Pologne qui s’apprête à fêter Pâques, entre tradition religieuse et folklore populaire. C’est aussi une zone à détendre, où le corps et l’esprit de Klara rivalisent d’imagination pour lui interdire la légèreté. C’est enfin la solitude de la victime, une épreuve à surmonter pour trouver un regard dans lequel se sentir légitime ainsi qu’une épaule contre laquelle s’appuyer.

Wet Monday, en somme, est un film de passage ou d’enjambement dans lequel son héroïne a pour mission de trouver la force de débusquer une vérité qui se cache dans les replis de l’inconscient. Pour cela, elle a huit jours, laps de temps qui la sépare, elle et l’ensemble des villageois, des fêtes de Pâques, dites fêtes de l’eau, l’élément avec lequel Klara ne peut plus entrer en contact sans frémir.

L’attrape-rêve

Justyna Mytnik, dès le premier plan, une vue nocturne du village, crée un univers où le fantastique (ici les lumières portées à incandescence) infiltre le réel. Les codes du contes sont convoqués pour à la fois dénoncer et dépasser une réalité traumatique. Le tunnel, lieu du passage et de l’obscurité, recèle une vérité que le film va d’abord s’appliquer à déplier de manière cryptée. Elle se traduit dans les cauchemars qui assaillent les nuits de Klara. Il y est question d’étourdissement, d’ensevelissement, d’œuf géant et de lapin de Pâques. Le jour, la vie se poursuit, presque normalement, en famille, à l’église, entre copines. Klara trouve auprès de Diana, une attrapeuse de rêves marginalisée, l’écoute que sa sœur ne peut pas lui consentir.

Wet monday

C’est avec ce personnage que la cinéaste atteint le juste équilibre entre d’une part, la réalisme et le merveilleux et d’autre part entre l’insouciance de l’adolescence et la gravité de la violence. Diana rend possible la re-traversée du tunnel, scène qui flirte autant avec le film d’épouvante qu’avec le teen movie. Il y a une sorte d’extravagance chez Diana, dont Klara a besoin pour affronter ses démons. Elle sera enfin le lien sororal qui permettra de reconnecter les deux sœurs au même horizon. Le récit avance, scandé par l’inévitable compte à rebours qui sépare l’action du jour de fête. Cette progression narrative tend vers un moment de liesse collective tout en jalonnant cette période des présages de son impossibilité. Wet Monday fait preuve d’une belle ambition, pour un premier long métrage : mélanger les genres tout en accumulant les signes d’une conclusion éruptive.

Baptême du feu

La réalisatrice, pourtant, ne réussit pas tout ce qu’elle entreprend. La faute, pour une part, à un probable manque de confiance qui l’a poussée à sur-écrire la fin de son scénario. Faisant fi de la force mystérieuse des séquences oniriques, celui-ci s’évertue à méthodiquement déchiffrer l’ensemble des signes dont il était plutôt habilement parsemé. On regrettera également des afféteries de forme, de trop nombreux ralentis, une caméra virevoltante et des pistes ouvertes sans être exploitées, exemplairement un repas de famille dont les promesses dramaturgiques tombent à plat.

La séquence finale, en revanche ne déçoit pas, Justyne Mytnik y déploit, aux cotés de Klara (dont on comprend que le paravent du conte avait pour fonction de la protéger), toute la rage que le film n’aura cessé d’alimenter. Symbole de liberté et de domination, la voiture des garçons est prise d’assaut et recouverte d’une pluie de pétales. Un lièvre apeuré s’en échappe. Klara, Marta et Diana, les trois Parques de Pâques peuvent danser autour d’un feu de joie, rien ne sera plus comme avant. Elles rejoignent, dans leur parcours d’émancipation l’héroïne de Dieu existe, son nom est Petrunya, décapante fable féministe de la macédonienne Teona Strugar Mitevska. Elle aussi, en émergeant de la rivière, faisait la nique aux hommes, à l’église et aux conventions.

Bande-annonce

2 avril 2025De Justyna Mytnik