PASOLINI
1er Novembre 1975, Rome. Alors qu’il termine le montage de Salò ou les 120 Journées de Sodome, Pier Paolo Pasolini vit ses dernières heures. Dans la nuit, il sera assassiné sur la plage d’Ostie. Au cours de son dernier jour, il se réveille chez sa mère tant aimée, répond aux questions d’un journaliste, sillonne la capitale italienne en quête d’une aventure…
Pasolini, ragazzi et biographie.
Fin décembre 2012, sortait sur les écrans français 4h44 Dernier jour sur Terre d’Abel Ferrara. Une oeuvre à la mélancolie sereine narrant la fin du monde sur un mode intimiste. On y voyait un couple attendre l’apocalypse dans son loft new-yorkais, prenant le temps d’effectuer les gestes banals du quotidien pour la dernière fois. Pas d’hystérie, pas de pyrotechnie : ces ultimes moments ne se distinguaient en rien par le spectaculaire. La résignation l’avait emporté : c’est la fin, elle est inéluctable, et puis c’est tout.
Deux ans plus tard, le Pasolini qui investit à son tour les salles de cinéma hexagonales entretient plusieurs correspondances avec ce précédent film de Ferrara. En plus de Willem Dafoe dans le rôle principal, on y retrouve le récit d’une autre fin : les dernières heures de la vie du réalisateur italien. Bien sûr, Pasolini ignorait qu’il allait mourir prématurément, aussi seul le spectateur est en mesure d’appréhender les scènes du quotidien (un déjeuner, une partie de football…) qui se succèdent en les voyant comme des « dernières fois ». Ferrara choisit une nouvelle fois de refuser le spectaculaire, mais il n’empêche que la vision de ces scènes banales de la vie de tous les jours (du moins, de celle d’un réalisateur majeur de son époque) se drape d’un voile crépusculaire au fur et à mesure qu’approche la conclusion tragique annoncée.
Abel Ferrara a conscience qu’il ne raconte pas Pier Paolo Pasolini, mais UN Pier Paolo Pasolini. En se concentrant sur la dernière journée de sa vie, il évite les principaux écueils des biopics lambda, tels que la psychologisation à outrance, le scénario « Wikipédia » jalonné par les passages biographiques obligés ou bien encore, la recherche de la ressemblance physique à tout prix. Un col roulé, des lunettes à monture épaisse et les cheveux coiffés en arrière… il n’en faut pas plus à Willem Dafoe pour devenir Pasolini. Et l’ensemble du film est construit autour de cette manière de raviver l’esprit du cinéaste italien par un détail, une évocation, un clin d’oeil à ses films. Le seul vrai problème – mais il est quand même d’importance – de ce long métrage réside dans ses transitions entre répliques en italien et en anglais. Il suffit que deux personnages, censés être italiens, s’expriment, sans logique apparente, dans la langue de Shakespeare, pour que la crédibilité de l’échange en soit entachée.
On retiendra alors davantage l’hommage que rend Ferrara à son confrère en faisant résonner le récit biographique avec une fiction parallèle inspirée d’un projet inachevé de Pasolini. L’un des personnages y est incarné par Ninetto Davoli, ami et acteur fétiche de Pasolini. Une belle manière de rappeler que, près de cinquante ans après la mort du réalisateur de Salò, son oeuvre demeure intemporelle et éternelle.
La fiche
PASOLINI
Réalisé par Abel Ferrara
Avec Willem Dafoe, Ninetto Davoli, Riccardo Scamarcio, Maria de Medeiros…
France, Italie – Drame, Biopic
Sortie en salle : 31 Décembre 2014
Durée : 87 min
J’ai vu la bande annonce et ai pris peur, ca m’avait l’air d’etre un obscur film intello…. Apparemment cela vaut tout de meme le coup de lui donner une chance !